mercredi 4 novembre 2009

5 - La fille tu sais

Pour la première fois depuis plus d’un an j’étais bien. Pas heureux. Il ne faut pas pousser. Loin encore de nager dans le bonheur. connaîtrais-je un jour cet état de félicité? En tout cas j’étais plus léger. En voie de guérison, de rémission. Je retrouvais le goût aux plaisirs simple de la vie. C’est toujours dans ces moments là qu’une tuile vous tombe sur le coin de la gueule.

Il me touchait. M’émouvait. Il n’était pas vraiment beau. Enfin pas de cette beauté qui vous éblouis. Il avait du charme. Mais ne le savait pas. Sinon il en aurait joué. Au contraire il restait en retrait timide jusqu’au bout des cheveux. Je l’avais vu pleurer souvent en 6°, mais à cet âge la les garçons ne nous intéressent pas encore. en grandissant il a gardé ce côté fragile. Il a éveillé mon penchant maternel. Je l’ai pris par la main. C’était au moment de Noël. J’étais son père Noël secret. Je lui ai offert son cadeau et j’a tenté de discuter avec lui. C’était difficile. Je crois qu’il n’a pas dit une phrase complète. Il m’a dit qu’il me trouvait mignonne. Comment résister. Je l’ai traîné dans l’allée interdite. Il ne l’aurait pas fait. Il fallait que je prenne l’initiative. Mon premier baiser. Le sien aussi. Ça n’a pas duré longtemps entre nous. J’étais trop jeune pour jouer les mères de substitution.

Quand L m’a quitté je cru que je n’arriverais jamais à m’en remettre, que j’allais retomber, encore plus bas que la dernière fois. Mais ne brûlons pas les étapes.
J’aurais voulu rencontrer la femme de ma vie dans des circonstances sinon extraordinaires du moins originales. J’imaginais que je rencontrerais une filles dans la rue, elle me serait rentré dedans en courant pour attraper un bus, elle m’aurait renversé sur le trottoir, se serait excusé en m’offrant un verre et s’aurait été le début d’une splendide histoire d’amour.

Avoues que je t’ai bien aidé avec Diane. Bon d’accord ton charme naturel aurait pu emballer la belle mais tu aurais ramé grave. C’est moi qui t’ai changé. De la vulgaire chenille, pas moche mais quand même pas top, en papillon. Non je n’ai pas procédé à de la chirurgie esthétique. J’ai juste révélé l’homme subtil, intelligent et drôle que tu cachais soigneusement. Inutile de me remercier c’est fait pour ça les amis.
En dehors de cette opération quasi miraculeuse c’est quand même moi qui ai lancé l’idée des équipes de soutien entre élèves. Si je n’avais pas mis cette idée dans la tête des profs tu aurais pu rêver longtemps sur sa nuque. C’est bien un truc à toi de fantasmer sur les nuques des filles. Y e a qui font des fixations sur les jambes, les seins, les yeux. Il faut toujours que tu te distingue. Quoi qu’il en soit le soutien de biologie t’a bien aidé avec Diane. Au moins pour te retrouver seul avec elle et lui parler. Après c’est toi qui a su jouer de tes atouts. Je suis pas mécontent d’avoir joué les entremetteur. Vous formiez un joli couple. qui a quand même duré plus d’un an. Jusqu’à ce que le bac vous sépare.

Je ne sais pas comment j’ai séduit L. ce coup ci ce ne fut pas mes compétences en biologie, ou mon ami entremetteur. Mais sait on jamais pourquoi? J’étais là, elle était là et nos regards se sont croisé, le reste...

Il arrivait tôt. Plus tôt que moi. Je suis toujours en avance mais tu me battais. Il faut dire qu’il habitait juste à côté. C’était plus facile. Quoi que en y réfléchissant bien on aurait pu imaginer qu’il serait arrivé juste à l’heure. Ce n’est pas le sujet. Il asseyait à l’autre bout du banc devant l’amphi. Comme nous étions pratiquement les seuls nous nous sommes peu à peu rapprochés. Bon Audiard nous a aidé un peu aussi. Il lisait un recueil de ses répliques et de ses textes. En le voyant j’ai réciter des extraits des Tontons Flingueurs. Il a été stupéfait. Est-il possible de baser une relation sur un dialogue de film aussi culte soit il? E tout cas c’est ce que nous avons fait. Audiard joua le rôle inattendu de cupidon. Je l’aimais bien. J’aime à croire que c’était réciproque. Je ne sais pas combien de temps notre histoire aurait duré s’il n’avait pas échoué au concours de fin d’année de médecine alors que je le réussis. Fin d’une histoire pour cause de numerus clausus.


Régulièrement je voyais L. manger au resto U à quelques tables de la mienne, la tête toujours penchée dans des bouquins, des cours, un magazine, un journal. Régulièrement elle laissait tomber dans ces pages un morceau de viande, une frite, des petits pois, de la crème à la vanille. Elle essayait alors de nettoyer ses bêtises avec ce qui lui tombait sous la main. Un jour elle s’est servie de mon pull que j’avais posé sur une chaise à côté d’elle. Il s’est retrouvé couvert de mayonnaise et de ketchup. L. confuse de son geste s’est confondue en excuses, m’a proposée de me le laver. Malgré mes protestations elle a fini par l’emporter. Par chance il ne faisait pas trop froid ce jour là.
Il s’est écoulé un bon mois avant que je ne récupère mon vêtement. A chaque fois que je croisais L. dans les couloirs elle s’excusait, répondait qu’elle n’avait pas encore eu le temps de le passer à al machine, qu’elle allait le faire le soir même... Au bout d’un moment j’ai fini par perdre espoir de revoir un jour mon pull. Ce n’était qu’un pull après tout, je pouvais en acheter un autre, et puis ce n’était pas le seul que j’avais dans mon armoire.

Si tu avais vu ton pull après son passage dans la machine à laver. Il aurait été parfait pour un nouveau né, mais pour toi même après un régime draconien c’était râpé. J’étais gêné. Comment peut on être aussi bête. J’avais tellement honte que j’ai fini par t’en racheter un. J’ai cherché à trouver le même, en vain. J’ai trouvé quelque chose s’en approchant, pas trop moche. Tu as été surpris de me voir arriver avec un paquet. Tu as rigolé en l’ouvrant. Tu ne t’attendait pas à revoir ton pull.
Tu as tenu à m’inviter boire un verre pour me remercier. Avant même que j’ai pu boire une goutte de ma bière elle s’est retrouvée sur ton pantalon. C’est sur ma maladresse qu’a débuté notre histoire.
Tu m’as fait découvrir Woody Allen et m’appelais Annie Hall. J’aimais ça, même si je ne ressemble pas du tout à Diane Keaton. Je ne t’ai jamais fait traverse la ville au milieu de la nuit pour écraser une araignée dans mes toilettes, mais pas loin. Nous sommes resté cinq ans ensemble. J’ai cru que nous finirions par finir ensemble, en vieux couple. J’oubliais que Alvy et Annie finissent par se séparer.

Un coup de fil peut sauver une vie, et tuer un couple. L. était sous la douche quand son portable a sonné. J’ai répondu; C’était un homme, un certain M.. J’ai pensé que c’était un collègue de travail que je ne connaissait pas. J’ai pris un message, juste qu’elle le rappelle quand elle pourrait. Rien de terrible, même parfaitement innocent. L. est sortie de la douche. Je lui ai transmit le message. Je n’ai pas compris pourquoi elle est devenue blême. Qui était ce M.? Elle n’a rien dit. J’ai reposé ma question. Elle s’est assise. A passé sa main dans ses cheveux pour les glisser derrière ses oreilles, ce geste que j’aime tant. Elle ouvert la bouche mais n’a rien dit. Elle a commencé à pleurer. J’ai enfilé un manteau et je suis sorti en lui disant que je ne souhaitais pas la voir chez moi en rentrant.

Je suis partie. Comment t’expliquer ça sans te faire mal. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas que je ne t’aime plus. J’ai rencontré quelqu’un d’autre. Pas mieux, diffèrent. Tout ce que je pourrais trouver pour t’expliquer ne serait que des lieux commun, des phrases creuses. Tout ce que tu déteste. Je ne peux pas te faire ça. Je suis partie. J’ai glisse la clef de chez toi, celle que tu m’avais donné pour notre anniversaire de trois mois, dans ta boite aux lettres. J’aurais pu te laisser un mot aussi. L’aurais tu lu? Tu n’étais pas dans de bonnes dispositions pour écouter ou lire quoi que ce soit venant de moi. Il fallait laisser passer un peu de temps.

L. n’était plus là à mon retour. Nous nous sommes revus en terrain neutre quelques jours plus tard. La grande explication. La voix serré elle a commencé à ma raconter son aventure avec M., ce séjour à Paris avec lui deux mois avant, lors de la conférences sur je ne sais plus quoi. Leur première nuit ensemble dans cet hôtel sordide. Toute son histoire banale de tromperie même pas conjugale. Je n’ai pas voulu entendre la suite. Elle ne voulait pas me faire mal, pas après ce que j’avais vécu l’année précédente, pas au moment ou je commençait à aller mieux, mais on ne commande pas ce genre de choses, elles viennent sans que l’on puisse rien faire. Je n’ai pas dit grand chose. Il valait mieux j’aurais pu être vulgaire, méchant, agressif. Je ne voulais pas avoir le mauvais rôle. Je lui ai dit que je ne comprenais pas (J’aurais voulu lui arraché ses cheveux magnifiques) mais que j’acceptais (je lui aurais crevé ses yeux hypnotiques) et qu’il valait mieux que l’on se quitte en bon terme (je lui aurais dévasté son doux visage à coup de griffes).

J’ai eu peur. Peur que tous les progrès que j’avais pu faire ne retombe à néant, surtout que l’on approchait de cette période de l’année où mes fantômes resurgissent et où la dépression n’est pas loin. C’est bon signe d’avoir peur de ce genre de chose. Ça doit vouloir dire que ça va mieux. Qu’on a trouvé quelque chose à quoi se raccrocher. Mais merde pourquoi je ne peux pas être tranquille. Pourquoi je ne peux pas être heureux. Simplement. Trouver l’équilibre dont j’ai besoin. Dont tout le monde à besoin. Pourquoi je n’y ai pas droit. Pourquoi au lieu de ça je dois dormir tout seul. Je lui avais dis un jour que les filles ne sont pas faites pour dormir seules, elles ont trop froid sinon. Merde moi aussi j’ai froid.

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