mercredi 4 novembre 2009

I Tous des anges

Aux vacances de Toussaint la France migre vers les cimetières pour aller fleurir les tombes des disparus qui leurs sont cher. Avec un manque d’originalité et de précision. Ils déposent tous des chrysanthèmes, fleur horrible, le 1° novembre alors que le vrai jour des morts est le lendemain. Mais on ne peut pas demander à un troupeau de réfléchir.
Allergique à la foule et aux célébrations obligatoires j’évite d’aller visiter mes disparus ce jour là. J’y vais quand j’en éprouve le besoin. Il fut une époque où ce besoin était fréquent. Moins à présent. J’ai deux tombes particulières en mon coeur, deux cimetières où je me sens bien.
De ces deux lieux de repos éternel ma préférence va à celui où se trouve mon grand père maternel. Il est à l’écart, seul ceux qui le connaissent peuvent le trouver. Perdu au bout d’une rue qui ressemble plus à un chemin. entouré par la foret. On s’y sent à l’abris du monde. Quand j’y allais je portais juste une rose. Je la déposais sur la tombe et m’asseyais par terre devant le caveau. Je parlais à celui qui reposait sous la dalle de granit noir. Comme s’il était toujours là. Comme si ce jour de printemps n’avait jamais existé.
Il faisait beau. Normal pour un 1° mai. C’était un long pont. J’avais passé la soirée de la veille avec mes cousins chez ma grand mère. Nous avions joué au tarot jusque tard dans la nuit, nous avions rigolé, nous étions bien.
Ce matin là était magnifique. Un parfait matin de printemps, l’air était frais et léger, les oiseaux chantaient. Un parfait cliché. C’était la tête encore pleine des rires de la veille que j’ai rejoins ma maison. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre. Ma mère n’étais pas là. Seul mon père se trouvait dans la maison. Il était derrière son bureau. Il lisait son journal, la mine triste. Il m’a dit bonjour et ces quelques mots: “Papy est mort cette nuit.”
Je n’ai rien dit. J’ai posé le brin de muguet que j’avais cueilli dans le jardin de ma ante. J’ai traversé les couloirs. Puis je me suis enfermé dans les toilettes pour y pleurer toutes les larmes de mon corps en me tapant la tête contre les murs pour y faire rentrer cette nouvelle.
Je ne saurais dire combien de temps je suis resté enfermé. Je ne saurais dire ce qui c’est exactement passé le reste de la matinée. Elle s’est juste passée. Je n’en garde pas d’autres souvenirs. Le midi j’ai rejoint mes cousins et ma mère pour déjeuner. A partir de là tout devient plus clair. Les pleurs à nouveau, en famille cette fois ci. Il y a eu les obsèques, la fin du week end, et enfin le retour à Tivoli.
Là il a fallut que j’explique le pourquoi de mon absence à mes profs, à mes camarades, et à chaque fois entendre leurs mots de condoléances qui à chaque fois sonnaient faux et creux. Puis comme on dit la vie a repris son cour normal.

Mon second grand père repose ailleurs. Un cimetière à l’entrée du village. En bordure de la route principale. Il est moins calme, plus fréquenté aussi; Jamais je ne m’y suis assis par terre. Ça aurait défrisé les honorables vieilles dames qui hantent les allées. en repérage sans doute. Je reste debout. En silence. En essayant de faire abstraction du bruit de la route. Quand j’y arrive me reviennent des images.
J’étais à Tivoli quand mon grand père paternel est mort à son tour six mois après. C’était entre mid et deux, lorsque je suis allé manger. Au bout de la queue pour accéder au réfectoire j’ai été retenu par le surveillant chargé de contrôler le passage. Je ne sais plus s’il m’a remis un petit mot ou s’il me l’a dit de vive voix. Les mots n’étaient pas aussi familier que ceux que m’avaient dit mon père. Cela devait être plus proche de: “Ton grand père est décédé”. Je me souviens très bien qu’il a ajouté que je devais avertir mon frère.
J’ai rejoint mes camarades dans la file du self. Ils m’ont demandés ce qui se passait. Je leur ai dit. Ils ont repris la litanie des condoléances. Puis nous sommes allés nous asseoir dans cette salle de réfectoire immense qui devait bien contenir cinq cent personnes. Difficile de se laisser aller à son chagrin dans un tel environnement. Difficile de se laisser aller à son chagrin par la suite également. Il fallait que je retrouve mon frère, lui annonce la triste nouvelle. Il fallait que je retourne dans ma chambre à l’internat pour y préparer mes affaires pour les cours de l'après midi, ainsi que ma valise pour partir le soir. Il fallait que je demande à un copain de s’occuper de prendre mes cours pendant mon absence. Il fallait que je suive les cours, que je réalise les expériences du TP de physique sans faire exploser le labo. Il fallait que je fasse tant de chose que je n’ai pas eu le temps de verser une seule larme.
Je n’ai pas pleurer non plus en rentrant chez moi et en retrouvant mes parents. Voir mon père aussi anéanti que je n’ai pas voulu rajouter du chagrin à son chagrin. Les vannes ne se sont ouvertes que le soir dans mon lit, rattrapant tout le temps perdu pendant la journée.

Il me manque une tombe. Un endroit sur lequel aller déposer des fleurs. Une stèle de marbre pour me recueillir. Je n’ai qu’un coin de plage. Mais les vagues ont depuis longtemps effacer les traces que je cherche.

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