Depuis toujours j’ai détesté le mois de février. Ce n’est pas lié à l’ambiance de ce mois au ciel gris, au froid piquant, et où jamais le printemps ne se fait plus attendre. Gamin c’était le mois triste par excellence. Noël est déjà moins qu’un souvenir et l’été juste une éventualité. Depuis quelques années ce sentiment est renforcée par des circonstances qui n’ont rien à voir avec le climat.
Tu venais chaque jour. avant ou après tes cours. Au début quand il était encore conscient il te demandais ce que tu avais fais de ta journée, tu parlais de tes, de vos profs. Parfois tu arrivais à la faire rire. dans ses journées de douleur c’était une oasis. Vous n’étiez pas nombreux à venir le voir. Je n’ai jamais vu ses parents.
Quand il est tombé dans le coma tu as continué à venir alors que les autres ont abandonné. Tu t’asseyais à côté de son lit et tu lui lisais tes notes, le journal, ou un bouquin. Un soir tu es arrivé plus tard que d’habitude, presqu’à l’heure de fin des visites. Je n’ai rien dis quand tu t’es endormis. J’aurais du te faire partir, mais je n’ai pas osé. J’ai tiré la porte en espérant que personne ne passe et te découvre. Tu t’es réveillé vers deux heures. Je t’ai vu arrivé le visage chiffonné. Tu t’es accoudé au desk, tu t’es confondu en excuse. Avant que j’ai pu dire quoi que ce soit tu as fondu en larmes. Je t’ai fait asseoir. Tu m’as tout déballé. Vos années au collège, l’université, votre amitié, vos 400 coups, comment il a chopé cette saloperie, la réaction de sa famille. Tout et le reste. Je t’ai offert un café. Tu n’y as pas touché. Tu m’as demandé combien de temps il lui restait. Je t’ai dis ce que je savais. Tu n’a pas réagi. Tu m’as juste donné ton numéro de téléphone. Pour que je t’appelle le jour où...
Quand il est tombé dans le coma tu as continué à venir alors que les autres ont abandonné. Tu t’asseyais à côté de son lit et tu lui lisais tes notes, le journal, ou un bouquin. Un soir tu es arrivé plus tard que d’habitude, presqu’à l’heure de fin des visites. Je n’ai rien dis quand tu t’es endormis. J’aurais du te faire partir, mais je n’ai pas osé. J’ai tiré la porte en espérant que personne ne passe et te découvre. Tu t’es réveillé vers deux heures. Je t’ai vu arrivé le visage chiffonné. Tu t’es accoudé au desk, tu t’es confondu en excuse. Avant que j’ai pu dire quoi que ce soit tu as fondu en larmes. Je t’ai fait asseoir. Tu m’as tout déballé. Vos années au collège, l’université, votre amitié, vos 400 coups, comment il a chopé cette saloperie, la réaction de sa famille. Tout et le reste. Je t’ai offert un café. Tu n’y as pas touché. Tu m’as demandé combien de temps il lui restait. Je t’ai dis ce que je savais. Tu n’a pas réagi. Tu m’as juste donné ton numéro de téléphone. Pour que je t’appelle le jour où...
Le réveil va sonner dans 30 minutes. J’ai passé la nuit à faire le décompte des heures qu’il me restait avant d’avoir à me lever. Nuit blanche à fixer le plafond. Je me suis levé trois fois pour boire. Une pour pisser. J’ai lu. J(ai refait le monde dans ma tête. J’ai imaginé comment serait ma vie aujourd'hui si... Je n’ai pas attendu la sonnerie. Je me suis levé j’ai commencé la journée comme si c’était un jour comme les autres
Je n’ai pas voulu t’appeler de suite. Il est mort à 3h34. Je ne m’imaginais pas t’annoncer cette nouvelle au milieu de la nuit. Ce n’est pas mon rôle de faire ce genre d’appel. Les médecins s’en chargent. Mais eux ils appellent la famille. Alors qu’ils n’étaient jamais venus. C’était toi qu’ils auraient du prévenir. Mais pas au milieu de la nuit. J’ai attendu 7h00. Je ne voulais pas te louper avant que tu partes en cours. Tu as décroché. Je t’ai dis: C’est fini. Tu as répondu: J’arrive. Et tu as raccroché.
Je suis parti de chez moi comme d’habitude. Il ne fallait pas que je pense trop à la date. Un an déjà. Un an depuis ce coup de téléphone de cette infirmière. Quand mon téléphone a sonné, quand j’ai appris la nouvelle la terre s’est ouverte sous mes pieds. J’ai posé le téléphone. Me suis assis par terre et j’ai pleuré. Pleuré en silence, les larmes coulaient toutes seules de mes yeux et venaient s’écraser sur le sol sans que je puisse rien y faire, j’était un robinet qui fuit.
Tu m’as vu m’en aller petit à petit, devenant physiquement l’ombre de moi même, ressemblant de plus en plus à ses corps décharnés que l’on voit dans les documentaires sur les camps de la mort. Et pourtant pratiquement jusqu’au dernier instant tu arrivais à rire avec moi.
C’est sans doute pour ça que les dernières semaines furent si éprouvantes pour toi. A un moment ce fut mon esprit qui s’est enfui, après que tout le reste soit parti. Quand tu me rendais visite, presque tous les jours, tu ne trouvais plus dans mes yeux cette petite lumière espiègle, cette étincelle d’intelligence, ce lueur maligne que nous avions en commun. Ce qui a fait que nous avons été amis, meilleurs amis. Tu te demandais si je me rendais compte de ce qui m’entourait. Par vraiment, pas comme avant. Un soir en partant je t’ai surpris à te demandé si tout cela devais continuer. Si tout ne serais pas plus simple si je partais pour de bon. Tout deviendrait bien plus facile à vivre. Moins douloureux. Douloureux pour qui, toi ou moi?
C’est sans doute pour ça que les dernières semaines furent si éprouvantes pour toi. A un moment ce fut mon esprit qui s’est enfui, après que tout le reste soit parti. Quand tu me rendais visite, presque tous les jours, tu ne trouvais plus dans mes yeux cette petite lumière espiègle, cette étincelle d’intelligence, ce lueur maligne que nous avions en commun. Ce qui a fait que nous avons été amis, meilleurs amis. Tu te demandais si je me rendais compte de ce qui m’entourait. Par vraiment, pas comme avant. Un soir en partant je t’ai surpris à te demandé si tout cela devais continuer. Si tout ne serais pas plus simple si je partais pour de bon. Tout deviendrait bien plus facile à vivre. Moins douloureux. Douloureux pour qui, toi ou moi?
Il ne restait plus que son corps sur le lit. Il n’y avait plus tout l’équipement médical, appareillage complexe, tube divers , perfusion de toute sorte. Il était de nouveau seul,en dehors de ce qui fut pendant des mois un sorte de jungle de plastique. Il était là devant moi, plus qu’un corps. Tout ce qui avait été lui était parti. Plus rien que de la chair et des os, et encore si peu de chair.
Après avoir remplis toute la paperasse administrative, contacté les pompes funèbres, fait tout ce qu’il avait planifié pour ses obsèques, j’appelais ses parents. Leur fils venait de mourir et tout ce que je m’entendis répondre par son père ce fut un merci. Il n’y avait pas la moindre émotion dans sa voix, il ne me posa pas la moindre question sur la date des obsèques, ni sur rien d’autre. Il ne vint même pas à la crémation.
Tu avais l’air épuisé. Prés à t’effondrer de fatigue. Ton costume sombre renforçait cette impression. Tu faisais peine à voir. Ta mère et moi avions bien vu que tu n’allais pas bien. Tu parlais encore moins que d’habitude. Tu ne riais plus. Prendre tout en charge c’était peut être trop pour toi. Tu nous avais raconté l’histoire de Marc, ses parents qui ne lui parlaient plus depuis qu’il leur avait révélé son homosexualité. D'ailleurs avec ta mère nous avions pensé que vous étiez plus que des amis. Ce n’était pas le cas. Pa que ça nous aurait dérangé mais bon... Enfin tout ça pour dire qu’au début je trouvais très bien tout ce que tu faisais pour lui. Mais quand tu as passé tout ton temps libre, que tu as perdu du poids, que tu n’étais plus aussi assidu qu’avant à tes cours j’ai commencé à avoir peur. Je n’osais rien te dire. ta mère avait tenté un truc une fois mais tu l’avais envoyé chier, alors j’ai gardé ça pour moi. Ta mère a voulu t’inviter à manger après la cérémonie mais tu as préféré aller avec tes potes. C’est normal. J’espère qu’ils vont de changer les idées. il ne faut pas que tu rumine trop longtemps toute cette histoire.
Je reparti avec une urne ridicule. Tout ce qu’il restait de lui c’était ces quelques cendres. Comme il me l’avait demandé je les répandais sur la plage. C’était le 21 février. J’était arrivé au bout d’un marathon, épuisé, lessivé, anéanti. Ce qui suivit en fut la conséquence directe.
Un an après je m’étonne d’être en vie. Ouvrir chaque jour les yeux sur le monde. Être poussé au cul par des ados turbulents. Peu à peu reprendre le fil du jeu. Se voir dans le glace, ne pas se reconnaître. Retrouver le goût de manger, juste ça au début. Puis celui d’être propre, de s’habiller, de voir du monde, de parler. Retrouver l’usage de la parole, mettre des mots sur la douleur, les partager. Remonter pas à pas. Enfin recevoir le dernier coup de pied au cul, celui qui remet les idées en place, fait reprendre une place dans le monde réel.
Je tente de ne pas trop laisser paraître mon état d’esprit tout au long de cette journée anniversaire. Je la traverse en essayant de ne pas trop y penser. Il serait tellement facile de retomber. De revivre une dépression.
Cette dépression d’hiver, cette lente plongée dans le rien. Ça commence par un étrange sentiment le matin, un goût dans la bouche qui ne veut pas s’en aller. On fait comme tous les jours d’avant, machinalement, dans un brouillard qui vous empêche de voir plus loin que la minute qui suit. Aller à la fac, comme d’habitude, s’asseoir sur le banc, à la même place, écouter le prof débiter son cours, avoir l’esprit accroché par une phrase, penser à une connerie, se tourner pour la partager, et ne rien trouver. Le brouillard se lève alors sur le vide qu’il reste, qu’il laisse.
Vivre de cette façon pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, avec chaque matin plus que le précédent ce manque d’envie. Un jour y céder, ne pas sortir, rester chez soi, et commencer la descente. Ne plus avoir envie de sortir, de se laver, de s’habiller, de se lever, de penser, de respirer, de vivre. Le monde n’existe plus en dehors des quatre murs de son appartement, alors prendre un décision, la seule depuis longtemps,ne plus exister pour le monde.
Je t’ai retrouvé méconnaissable. Sale, amaigri, barbu. Une loque. Tu n’étais plus mon fils. Juste son ombre. Je n’ai pas regardé la désordre., la poussière, la vaisselle accumulée, la poubelle qui débordait. J’ai attrapé des vêtements a peu près propre. Je t’ai sorti du lit, passé sous la douche habille. Tu n’as pas opposé la moindre résistance. Tu n’étais plus capable de la moindre réaction. Je t’ai pris par la main pour te sortir de là. Même si ça ne te sortirais pas de ton état au moins je serais là pour te surveiller, te nourrir, te forcer à te bouger un peu, éviter que tu ne fasse une bêtise.
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